Le jeu risqué et ses limites par Le Lion et la souris

The right approach to risky free play

Le Lion et la souris est un organisme communautaire québécois qui a comme mission de créer, d’encourager, et de militer en faveur d’espaces pour le jeu mené par l’enfant. Ils animent des activités inspirées par les approches d’école en forêt et l’animation par le jeu,  en milieu urbain, en toute saison! Dans ce premier article, ils nous parlent du jeu risqué et des limites qu’il faut respecter en tout temps.

Peu importe où nous sommes, que ce soit en train d’animer une de nos activités ou de donner un atelier sur le jeu libre, les gens nous demandent toujours comment superviser le jeu risqué. Plusieurs parents et éducateurs s’y intéressent vivement, et pour une bonne raison.

Par définition, le jeu risqué représente tout jeu passionnant et exaltant qui implique le risque d’une blessure grave. Selon Ellen Sandseter, il y a six catégories de jeu risqué : le jeu à grande hauteur (ex. grimper), le jeu à haute vitesse (ex. glisser vite), le jeu avec des outils dangereux (ex. scies ou cordes), le jeu avec des éléments dangereux (ex.  près d’eau profonde ou glacée), le jeu de bagarre (ex. lutte), et le jeu où l’on peut disparaître ou se perdre (ex. jouer et explorer seul).

Or, il n’y a pas de recette précise pour soutenir le jeu risqué avec votre enfant, en grande partie parce que la définition de ce qui est « risqué » dépend de l’enfant lui-même. Comme la chercheure et experte canadienne sur le jeu risqué, Dr Mariana Brussoni, l’écrit : «on doit donner l’espace mental et physique aux enfants pour qu’ils puissent déterminer le niveau de risque approprié pour eux-mêmes : assez loin pour que ce soit exaltant, mais pas trop pour que ça ne devienne inquiétant. »

Il faut respecter son propre rythme, dans le but d’accompagner votre enfant dans la gestion des risques pour qu’il puisse apprendre comment les gérer lui-même. Nous vous offrons ci-dessous quelques astuces pour vous aider à les accompagner dans la pratique du jeu risqué.

  1. Éviter de dire « non » ou « attention ! »

Nos mots importent et le jeu à risques demande beaucoup de communication entre l’adulte et l’enfant. Si on n’est pas à l’aise avec l’activité d’un enfant pour les dangers qu’elle représente, il vaut mieux éviter d’utiliser le mot « non » ou « attention » car cela ne permet  pas d’enseigner à l’enfant la logique que nous employons. Poser des questions qui font réfléchir l’enfant aux risques présents lors d’une activité est beaucoup plus utile. Par exemple, si un enfant est en train de grimper dans un arbre, mais qu’on a l’impression qu’il ne se concentre pas beaucoup ou qu’il monte trop haut, au lieu de dire « fais attention » ou  « non, tu ne peux plus monter » on pourrait plutôt lui demander : « Est-ce que tu te sens en sécurité? Est-ce que tu regardes où tu mets tes pieds? As-tu toujours trois points de contact avec l’arbre? Penses-tu que t’es toujours capable de descendre de cette hauteur toi-même? La branche est-elle assez solide pour ton poids? »

  1. Respecter ses propres limites en tant qu’adulte.

Il y aura des moments en tant qu’adulte où l’on sera fatigué. Il y aura des cas où l’on ne se sentira pas à l’aise de soutenir un enfant qui grimpe dans un arbre, par exemple. Nous avons des compétences et des limites particulières à nos expériences et il faut respecter ça! Par exemple, si on trouve qu’on n’a pas l’énergie pour accompagner les enfants lors d’une activité avec des outils potentiellement dangereux ce jour-là, il suffit de dire aux enfants : « écoutez, ce n’est pas le bon moment pour cette activité, car je ne me sens pas à l’aise de vous accompagner. Je suis fatigué aujourd’hui. On pourra le faire une autre journée où je me sens mieux. Si vous avez envie de faire de la construction, est-ce que ça vous tenterait de bâtir quelque chose avec des pneus? Sinon, on pourrait faire de la cuisine dans la bouette! »

  1. Donner de la place et du temps au jeu

Quand on n’a ni la place ni le temps de bien réfléchir, on se sent pressé et à ce moment qu’un accident peut se produire. Prendre le temps et l’espace nécessaires pour jouer évitera des accidents prévisibles!

Le jeu risqué est non seulement très amusant; la recherche montre qu’il permet aux enfants d’être plus actifs, en plus de développer de meilleures compétences sociales et de gestion de risques, de la résilience, et de la confiance en soi. Si les enfants n’ont pas suffisamment de chances d’explorer le jeu risqué, ils peuvent même développer des troubles d’anxiété et des habitudes sédentaires malsaines.

Ceci dit, les parents et les éducateurs ne savent pas trop par où commencer, et nous les comprenons bien. Nous désirons tous voir nos enfants  expérimenter le jeu risqué et ainsi développer une meilleure gestion des risques, mais sans qu’il soit question d’une blessure grave.

C’est pourquoi il est important de respecter notre propre rythme et celui de nos enfants. Il faut également éviter d’imposer des limites trop rigides ou de pousser nos enfants à prendre des risques qu’ils ne sont pas prêts de prendre.

En tant qu’organisme qui travaille avec des centaines d’enfants, nous avons développé certaines politiques pour le jeu risqué. Les enfants avec qui nous travaillons connaissent nos règles de base spécifiques à chaque activité de jeu risqué, par exemple, le jeu avec les bâtons. S'ils ne peuvent pas se concentrer assez pour respecter les règles, on leur explique qu'ils ne sont pas prêts et on suggère une autre activité en attendant. Avec du temps, vous aussi trouverez des règles de base adaptées à vos enfants qui assureront leur sécurité!

Ressources :

Mariana Brussoni, “Why kids need fear, risk and excitement in play,” The Conversation (1 août 2017).

Énoncé de position sur le jeu actif à l’extérieur (2015)

Petra Eperjesi, “When you want to say ‘Be careful!’”, Child and Nature Alliance of Canada Blog, (22 juin 2017).

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